Faire pour la jeunesse, avec elle.

 

Je voudrais vous parler d’une dette qui, pour une fois, n’est pas une dette financière. C’est la dette morale, politique, que nous avons à l’égard de la jeunesse, de la jeunesse française. Car ce sont bien les jeunes qui, en terme d’études perdues, de chômage, de fardeau sur leurs épaules de la dette publique qu’il faudra rembourser ; ce sont bien les jeunes français qui sont les premières victimes de ce que nous venons de vivre.

 

Une jeunesse civique.

 

Tout d’abord comprenons bien ce qui s’est passé avec le confinement. On nous avait dit que la jeunesse serait égoïste, qu’elle serait indisciplinée, qu’elle serait incivique, qu’elle descendrait dans la rue, inconsciente du danger que représentait la pandémie. Et bien c’est tout le contraire qui s’est produit. Notre jeunesse a sacrifié deux mois de sa vie. Et deux mois quand on a 20 ans, souvenez-vous en, c’est un temps infini, un temps que l’on ne peut pas passer à apprendre, à étudier, à voyager, à se distraire, à déployer sa curiosité, à aimer même. On lui avait dit et répété qu’elle n’était pas la plus à risque, elle a sacrifié ces deux mois pour ses aînés, pour participer à l’effort de civisme que notre nation devait mener face à cette pandémie. Notre jeunesse a été exemplaire.

Moi, je ne suis pas surpris que la jeunesse se soit comportée ainsi car, dans notre pays, elle est engagée. C’est même l’une des plus engagée au monde si l’on en croit les chiffres de la participation des jeunes à la vie associative, et lorsqu’on voit les combats qu’elle mène jours après jours sur des sujets cruciaux tels que l’environnement ou les inégalités.

Personnellement c’est pour cela, pour l’effort civique considérable de la jeunesse pendant le confinement, que je veux lui dire merci. Merci de vous être sacrifiés pour ceux qui en avaient plus besoin que vous. Le pays entier est en votre dette. Cette dette est politique. Cette dette est morale.

 

Une dette morale et politique.

 

Et je veux aussi dire à la jeunesse que pour ce sacrifice, pour ce sens des responsabilités, nous lui sommes redevables. Et par ce fait elle est légitimement en droit d’exiger. D’exiger et de nous dire ce que nous lui devons en retour. Car ce qui me choque, en effet, c’est que l’engagement de notre jeunesse ne sera vraisemblablement pas payé en retour, qu’il n’y aura pas de réciprocité.

Je le disais en commençant, ce sont les jeunes qui payeront le plus lourd tribut pour leurs études interrompues. Parce que le chômage augmentera, parce que la dette contractée aujourd’hui par les États pour relancer l’économie devra être remboursée. Regardons simplement le chômage : 750 000 jeunes devaient cette année entrer sur le marché du travail en France. 450 000 emplois au moins seront détruits par la Covid-19. Faites le calcul, il est simple. D’ailleurs l’OIT nous le dit : il faudra 10 ans, 10 ans !, pour deux mois de confinement, pour que les conséquences économiques et sociales sur la jeunesse soient résorbées. Deux mois de confinement, 10 ans de galère.

Et toute la jeunesse de France est parfaitement consciente de la catastrophe qui s’annonce, si une prise de conscience réelle ne mène pas très vite à des actes radicaux pour sauver cette jeunesse en danger. Dans un dossier particulièrement fouillé consacré à la jeunesse face aux conséquences de la COVID-19, toutes les angoisses liées à la catastrophe qui aura lieu si nous ne faisons rien sont présents. On y découvre que 27 % des étudiants se déclarent tristes, déprimés ou désespérés «plus de la moitié du temps, voire tous les jours», contre 16 % chez les non-étudiants (étude menée par Christophe Tzourio à l’université de Bordeaux).

Lucides face à la gravité de la situation, toutes les catégories qui forment notre jeunesse s’apprêtent à prendre de plein fouet 10 années de galère là où, il y a 3 mois à peine, tous s’apprêtaient à entrer de plain-pied dans la vie active. Voilà une génération entière qui se prépare au pire. Certains rentrent chez leurs parents, faute de pouvoir couvrir leurs charges. D’autres prolongent leurs études de peur d’être indéfiniment au chômage. Les petits boulots s’imposent comme la seule voie de sortie. Et ce sont mille avenirs, pour lesquels chacun et chacune a travaillé, qui s’éloignent pour être remplacés par l’angoisse, le désespoir, la terreur… Ainsi, de Mathis en apprentissage dans la restauration qui a cette phrase qui m’a laissé sans mot : «mon avenir je n’y pense pas, sinon j’explose».

 

Comprendre, écouter, faire.

 

Il y a une chose qui est pire encore, c’est l’absence d’écoute. J’ai été un militant associatif dès mon adolescence. Ce que je ne supportais pas c’est la récupération. On se servait de nous comme de cautions qu’on aimait avoir à côté de soi sur une tribune pour dire « j’ai écouté la jeunesse ». Mais il s’agissait uniquement de capitaliser sur ces images de jeunes qui sont là, sur une tribune, mais qu’on n’écoute pas. Nos dirigeants doivent vous écouter. Faites-vous entendre. Exigez des actes ! Vous en avez le droit ! C’est votre devoir ! Exigez ! Ils doivent comprendre ce que vous leur demandez. À mon avis, ce que vous leur demandez, c’est la justice. La justice sociale, la justice intergénérationnelle, et c’est la justice environnementale. Celle-ci est sans doute la plus importante de toutes les causes. Elle exprime, naturellement notre responsabilité envers vous qui porterez le fardeau écologique, si nous ne faisons rien. Elle exprime simplement la question de savoir si demain vous pourrez encore vivre dans des conditions humaines, si vous pourrez avoir des enfants.

Nelson Mandela disait : « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi ». Le monde qui doit être construit, en abandonnant les folies d’hier, est le vôtre, c’est celui dans lequel vous vivrez et c’est avec votre intelligence et avec vos bras que vous le construirez. Exigez de faire entendre votre voix dans sa création.

Alors aujourd’hui, plus que jamais, faites-vous entendre, dites-nous ce que vous exigez, dites-nous quels sont les actes, les décisions au plan politique que nous devons prendre pour vous la jeunesse. Car, c’est l’honneur de nos gouvernants, de notre administration, de nos élus, de nos chefs d’entreprises, de nos syndicats, de la nation toute entière qui serait entaché si nous ne faisions pas ce que nous devons à la jeunesse française.

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Comments (1)

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